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Comment engager les collaborateurs dans la démarche RSE de l'entreprise

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Comment engager les collaborateurs dans la démarche RSE de l'entreprise

Devenir "RSE" et le rester nécessite pour l’entreprise qu’une majorité de collaborateurs prenne part au projet.Mais, comment engager les collaborateurs dans la démarche RSE de l’entreprise ?

Le Jun 12, 2023

Comment engager les collaborateurs dans la démarche RSE de l'entreprise

Devenir "RSE" et le rester nécessite pour l’entreprise qu’une majorité de collaborateurs prenne part au projet.

Mais, comment engager les collaborateurs dans la démarche RSE de l’entreprise ?

Pour répondre à cette question David BUTTET  de « Thinking Intra » recevait le jeudi 8 juin 2023 Anthony MOLLÉ, dirigeant fondateur de Civitime, Plateforme digitale basée sur la gamification pour accompagner le changement en entreprise et Noémie Bénatouil, directrice clientèle de Civitime.

Voici la retranscription écrite :

Introduction

David Buttet :

"Tu veux commencer une petite présentation très rapide Anthony ?"

Anthony Mollé :

"Je suis fondateur de Civitime, une structure tourangelle, créée il y a cinq ans. Notre mission est d'aider les entreprises à engager leurs collaborateurs dans leur stratégie RSE à travers un prisme assez forte qui est la gamification. On est basé à Mame, nous sommes vingt-deux collaborateurs et on a collaboré avec une centaine de clients français."

David Buttet :

"Est-ce que tu peux nous dire un peu plus la typologie de clients de Civitime ?"

Anthony Mollé :

"Oui, depuis la création de Civitime, on accompagne principalement des grosses entreprises. Parce que les contraintes liées à la société, sont constamment appliquées aux entreprises de plus de 500 collaborateurs avec la loi Grenelle 2, toute entreprise de plus de 500 collaborateurs doit mettre en place une stratégie RSE.

Aujourd'hui, on s'adresse de plus en plus aux PME parce qu'elles ont également besoin d'embarquer leurs collaborateurs dans la RSE, pour des raisons réglementaires déjà, avec le CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) qui est passé début janvier, qui oblige toutes les entreprises de plus de 250 collaborateurs à présenter un rapport de leur impact sur l'écosystème. La deuxième raison, c'est aussi parce que c'est une demande de plus en plus forte de la part des clients finaux, donc des consommateurs pour les entreprises en BtoC, mais également des grands donneurs d'ordres qui aujourd'hui, dans les notations d'appel d'offres par exemple, une grosse partie de la notation est dédiée aux engagements RSE. Donc pour répondre à ta question, initialement des grands comptes et aujourd'hui vraiment toutes tailles d'entreprises dans tous les secteurs d'activité. Nous nous adressons à tout le monde, toutes typologies d'entreprises et d'organisations qui sont aussi des collectivités, des écoles, etc."


David Buttet :

"Oui, donc il y a le privé, le public, tout le monde est concerné par la RSE et en plus, il y a des enjeux d'actualité comme tu l'as dit, où peut être qu'avant c'était limite philosophique, maintenant, ça devient une réalité et la réalité ne peut pas être juste portée par la gouvernance. Il faut bien évidemment que les équipes, les collaborateurs soient parties prenantes.

Du coup, ça nous amène à notre question, qui sur l'engagement des collaborateurs. Comment on va aller les chercher, puisque j'imagine que lorsqu'on lance une démarche de RSE, même si la gouvernance de l'entreprise souhaite imposer et mettre en place des façons de faire différentes, il y a une dynamique qui doit être créée. Le but du jeu, c'est d'embarquer tout le monde."


Anthony Mollé :

"Effectivement, et c'est un enjeu qui est colossal parce que d'un côté, on ne peut pas déployer une stratégie RSE si on embarque pas un maximum ses parties prenantes. Si je veux réduire l'impact de mon activité, ça veut dire qu'il va falloir que je change des choses dans le quotidien de mes collaborateurs. Et si à un moment j'ai sensibilisé sur le pourquoi on doit faire ça, pourquoi c'est important, et les objectifs qu'on veut atteindre, ce sera beaucoup plus facile par la suite d'effectuer des changements. Le deuxième enjeu, c'est une véritable attente des collaborateurs, c'est une volonté qui pousse aussi l'entreprise à faire de la RSE.

Je vais partager une étude qui est sortie en fin d'année dernière, par le cabinet Imagreen, un cabinet spécialisé en étude auprès d'un panel assez important de collaborateurs, pour mesurer justement quelles étaient les attentes des collaborateurs en matière de RSE et de la part de l'entreprise en termes d'actions à mettre en place. Il y a des chiffres assez, assez impressionnant qui sont ressortis, celui qui m'a le plus marqué, c'est 4 salariés sur 10 qui aujourd'hui, ressentent une dissonance cognitive entre les valeurs / convictions personnelles et les engagements de leur entreprise.

C'est-à-dire que je suis engagé(e) dans ma vie perso en tant que citoyen, mais je ne me sens pas du tout aligné(e) avec les choix et les actions de mon entreprise. Ainsi, l'enjeu représente le vrai problème à long terme, si je suis en dissonance cognitive avec la stratégie RSE dans l'entreprise, progressivement je vais me désengager de la démarche et des initiatives mises en place par l'entreprise.

Ce désengagement peut être encore plus profond et entrainer une perte de sens dans son activité et ses missions au quotidien entrainant de l'absentéisme, une baisse de performance, puis une démission. Dans le contexte actuel où c'est de plus en plus compliqué pour une entreprise de recruter. Aujourd'hui, on voit la RSE qui devient un véritable levier finalement d'attractivité et de fidélisation des collaborateurs."


Noémie Bénatouil :

"Et c'est d'autant plus vrai que ça représente un enjeu de plus en plus important pour les jeunes diplômés, c'est un des points qui est surveillé par ces populations là, donc les entreprises qui souhaitent attirer ces profils vont aussi devoir suivre et se mettre en place sur tous les leviers de la RSE et communiquer dessus."


David Buttet :

"On dit souvent que les jeunes qui sortent des écoles sont plus sensibles à la RSE. Est-ce que vous, par rapport à vos clients et au public touché, il y a que les jeunes sont sensibles ou c'est vraiment généralisé à tout ciblage ?"


Anthony Mollé :

"Le niveau de maturité n'est pas le même, ça commence quand même à germer dans la tête de tout le monde en tout cas, aujourd'hui, mais tout le monde n'est pas au même niveau de maturité.

C'est-à-dire que pour certains, tous les enjeux environnementaux sont largement acquis notamment chez les jeunes générations qui ont aussi potentiellement un niveau d'étude supérieur que des générations qui sont sur le marché du travail depuis 30 ans par exemple. Parce que dans le cursus scolaire, c'est un peu plus intégré, aujourd'hui, un jeune qui sort de l'école avec un bac+3, bac+5, va savoir de quoi on parle quand on parle de gaz à effet de serre. Il y a aussi le contexte, avec les nombreuses crises environnementales et sociétales qui a permis des prises de conscience chez toutes les générations, on sent que ce sont des sujets qui les touchent vraiment."


Noémie Bénatouil :

"C'est aussi un sujet qui est super large, donc il y a des populations qui vont être plus sensibles au côté environnement et d'autres qui vont être plutôt sur la partie sociale et d'autres sociétales. Finalement, en parlant de sujets sous différents angles et de plein de façons, on va peut-être attirer l'attention et l'intérêt des différentes tranches d'âge."

La RSE, levier de compétitivité

De la sensibilisation à la valorisation

David Buttet :

"C'est un sujet transverse qui touche tous les différents domaines. Et puis c'est un sujet du quotidien. Déjà, quand j'entends parler d'effet de serre, c'est le quotidien et c'est tout le monde. C'est ça le côté social, c'est tout le monde en relation avec les gens. C'est vraiment quelque chose de transverse. Il y a aussi l'idée d'impacter ces populations, il y a un niveau de maturité qui n'est pas le même suivant les personnes. Donc, c'est d'aller impacter aussi ce niveau de maturité. Soit on n'a pas conscience à ce moment là, il faut sensibiliser, soit on en a conscience et il faut aller plus loin dans ce cas. Mais alors, comment vous procédez pour justement impacter, puis aider à gagner en maturité ?"


Anthony Mollé :

"Effectivement, c'est un vrai sujet. Parce que ce soit, je délivre le même message à tout le monde, ce que font la plupart du temps les entreprises, donc il y a certaines oreilles dans lesquelles ça va tomber qui sont les bonnes, parce que ça correspond à leur niveau de maturité. Mais d'autres qui sont déjà beaucoup plus engagés sur la thématique, où ça va créer un désalignement parce que les gaz à effet de serre et le recyclage, ça fait dix ans que je suis déjà dessus alors que mon entreprise en parle seulement maintenant. Donc la première chose qu'on fait chez nos clients, c'est un baromètre pour analyse quel est le niveau de maturité de l'entreprise sur le sujet, et essayez d'identifier par population. On ne va pas adresser les mêmes messages à tous les collaborateurs et parce qu'on attend pas les mêmes changements de comportement d'un collaborateur à l'autre. L'impact d'un chauffeur routier par exemple sur le sujet des émissions de CO2 de son entreprise versus l'impact qu'un acheteur sur son entreprise, les deux ont potentiellement impact, voire l'acheteur peut avoir un impact beaucoup plus important en fonction des décisions qu'il prend, on va pas leur demander les mêmes actions. L'idée, c'est d'être capable de cibler les gens, de mesurer et de simuler pour délivrer les bons messages aux bonnes personnes."


David Buttet :

"Du coup, on va peut-être en dire davantage sur ce baromètre parce que, comme tu l'a dit le côté général du message, pour tout le monde, ça ne marche pas. Donc ce baromètre va vraiment chercher là ou on se situe dans la société, dans l'organisation, ces éléments là, un peu comme si on avait une toile d'araignée avec tous les éléments ?"


Noémie Bénatouil :

"L'idée quand on commence à travailler avec un client, c'est effectivement de faire un bilan d'abord pour savoir où est-ce qu'on en est. En général la première question c'est comment on peut définir sur une note sur 10 quel est le niveau de connaissance en RSE. Parfois ils vont dire 5, je pense que même eux, ils ne savent pas ce que veut dire RSE. Donc là, il y a la vision du client mais en général, c'est soit des responsables RSE, soit des responsables com', qui sont des experts métiers donc qui ont une certaine vision. On va utiliser ces baromètres pour aller vérifier l'information sur le terrain effectivement, soit par service, par canaux, soit de façon globale pour déjà voir si la population aujourd'hui se positionne à 5, mais il se trouve que le résultat du baromètre affiche un niveau qui est à 3. Et l'objectif ça va être de l'emmener à 7 en mettant en place tout un programme pour accompagner la montée en compétences."


Anthony Mollé :

"On commence aussi à avoir un benchmark des différentes entreprises. On va avoir des références et ce qui est toujours intéressant c'est de ce dire : ok je fais 3 sur 10, mais comment je me situe par rapport aux entreprises de mon secteur, comment je suis par rapport aux entreprises de ma taille par exemple. Ça donne davantage d'éléments pour pouvoir se comparer."


Noémie Bénatouil :

"C'est toujours bien d'avoir un référentiel pour fixer les objectifs et savoir la où on va. Et puis, une fois qu'on y est, s'assurer qu'on a bien réalisé le bon parcours pour les amener au bon endroit et sinon faire du renfort pour être sûr que tout soit bien acquis."


David Buttet :

"Vous avez évoqué tous les deux un changement de comportement. Comment on arrive à faire évoluer les comportements ? C'est la grande question c'est qu'on ne reste pas juste dans une logique philosophique ou une logique de prendre conscience et s'arrêter là, non, il y a des comportements qui vont être modifiés. Est-ce que vous pouvez m'en dire plus ?"


Anthony Mollé :

"Ces questions, ça fait 5 ans qu'on se les pose et on commence à avoir des pistes qui se dessinent depuis le début de Civitime, on travaille avec des psychologues du travail et sa mission, c'est d'identifier quels sont les leviers psychosociaux sur lesquels il est nécessaire d'agir pour faire en sorte qu'un collaborateur dans une organisation soit davantage engagé sur un projet, quel qu'il soit.

Derrière ce projet, les mécanismes de changement sont les mêmes lorsqu'on veut engager sur la RSE ou sur un autre type de projet d'entreprise. Et sur chacun des leviers psychosociaux qu'il a identifié, on a créé des mécaniques de jeu pour proposer aujourd'hui une suite de mécanismes de jeu qui vont agir sur ces leviers.

Ça nous a permis de structurer une approche de l'engagement, et cette approche, on la décompose aujourd'hui en 4 étapes. L'idée, c'est de se dire que si je veux engager un collaborateur dans ma stratégie, la première étape c'est la sensibilisation. Concrètement, chers collaborateurs, regarde quels sont les enjeux en matière de RSE auxquels, de manière globale, le monde est confronté.

Et puis, petit à petit, tout le monde regarde de manière globale comment les enjeux auxquels nous sommes confrontés, mais regarde aussi les enjeux auxquels, dans notre secteur d'activité, nous sommes confrontés et on y va comme ça petit à petit en entonnoir.

Première étape : sensibiliser sur le pourquoi. Deuxième étape on va plutôt aller à ce qu'on appelle la phase d'adhésion. C'est d'expliquer pourquoi maintenant, on regarde ce que l'entreprise met en place pour justement répondre à ces enjeux là. Et là, on va utiliser des mécaniques, des leviers pour renforcer l'adhésion du collaborateur sur ce projet là. Parce que si je ne crois pas dur comme fer dans la stratégie qu'est en train de mettre en place mon entreprise, jamais, je ne l'appliquerai ou je changerai mon comportement. Il faut que j'adhère.

Troisième étape l'implication. Maintenant que j'y crois, je suis prêt à passer à l'acte. Je suis prêt à m'engager dans mon métier. Par exemple, je prends l'exemple de l'acheteur dans l'entreprise. J'ai compris les enjeux, j'ai compris ce que mon entreprise est en train de mettre en place. Maintenant, concrètement, en tant qu'acteur, qu'est-ce que je peux faire pour réduire l'impact et les externalités négatives sur mon écosystème ? Donc ça va passer par retravailler toute ma chaîne de valeur, retravailler mes méthodes d'approvisionnement, etc.

Et la dernière étape, c'est la valorisation. Là je deviens carrément ambassadeur de la stratégie. J'y crois tellement, je suis tellement engagé dans mon quotidien que je suis capable d'en parler en interne, en externe et faire la promotion de la stratégie. Notre objectif c'est d'embarquer un maximum de collaborateurs jusque là. Cependant, on n'est pas des magiciens, on perd au bord de la route, forcément. Mais l'enjeu, c'est au moins 10 % puisque d'après une étude de la Harvard Business Review qui montre qu'à partir du moment où vous avez 10 % d'une population qui est convaincue d'un projet, d'une thématique, ça suffit pour faire basculer tout le reste du groupe."

La gamification pour créer une dynamique collective

Est-ce que les entreprises sont sincères dans leur démarche RSE ? Et dans votre expérience, est-ce que le gamification est perçu comme pas si sérieux pour embarquer dans la RSE ?


Noémie Bénatouil :

"Le côté sincérité, j'ai envie de dire que ce n'est pas très grave. Pourquoi ? Parce que l'idée, c'est d'en parler au plus grand nombre. Si une entreprise le fait pour des raisons business, pour des raisons d'image ou si elle le fait parce qu'elle y croit dur comme fer. Dans tous les cas, elle l'a fait et si elle le fait, elle sensibilise donc elle fait descendre l'information auprès des collaborateurs et finalement, s'ils le font avec le cœur, c'est encore mieux. En général, il y a quand même des enjeux derrière, donc il y a des objectifs, etc. Ils ne font pas ça juste comme ça, il y a des vraies raisons après finalement, j'ai envie de dire il y a souvent un petit peu de tout et dans tous les cas, le but, c'est que ça réussisse pour atteindre l'objectif final qui est un objectif d'entreprise. Donc j'ai tendance à dire qu'il y a un fond de sincérité en tout cas, il y a un fond d'objectif réel derrière. Et ensuite c'est à nous d'ailleurs, de faire en sorte de sensibiliser et de faire adhérer leurs collaborateurs."


Anthony Mollé :

"On voit vraiment, entre le début de Civitime et maintenant une évolution de cette raison. Au début ce qui déclenchait la mise en place d'une stratégie RSE, c'était le réglementaire. Ensuite, progressivement, c'est le business qui a commencé à faire bouger l'entreprise. On a répondu à un appel d'offres avec la SNCF il y a quelques semaines, 20 % de la note, c'est la stratégie RSE de l'entreprise, ce qui est énorme.

Donc le Business fait bouger et maintenant il y a aussi l'aspect RH qui fait bouger l'entreprise sur le côté attractivité et fidélisation des collaborateurs. Aujourd'hui, on peut faire un changement de paradigme sur la perception de la RSE. Et le gros avantage, si je fais de la RSE quelle que soit la raison, c'est que je vais pouvoir répondre sur toute cette chaine de valeur, c'est-à-dire que même si je le fais pour renforcer le sentiment d'appartenance de mes collaborateurs, ça va me servir pour le business et ça va en plus répondre à mes critères de performance."

Noémie Bénatouil :

"Et puis l'autre pas aussi, parmi les personnes avec lesquelles on échange, il y a souvent les responsables RSE, les responsables de com interne et les RH, ce sont les trois profils principaux avec lesquels on échange pour les montages de projets. Donc les responsables RSE, eux, savent toujours pourquoi ils sont là et ils savent où ils veulent aller. Donc en interne, on a toujours des gens en interne qui sont porteurs du message. Sincèrement, même si dans l'équipe il y a des gens qui le font pour d'autres raisons, on a toujours des gens qui savent pourquoi ils sont là, en tout cas sur la notion de fond. Et c'est ce qui nous permet tous ensemble de monter des programmes vraiment cohérents."

David Buttet :

"J'imagine que derrière la notion de sincérité, il y avait aussi tous ces épisodes de Greenwashing, mais le premier objet c'est déjà d'apporter la démarche parce que si ça va jusqu'au collaborateur, après, le collaborateur peut s'en emparer.

Ce qui m'emmène à la suite, lorsqu'on met en place la solution, le but du jeu, c'est d'entretenir ça dans le temps parce que la sensibilisation, c'est bien mais l'acculturation, c'est mieux. Comment vous faites pour justement aller vers ces 10 % dans le temps, aller chercher des ambassadeurs ? Quelle est votre stratégie ?"


Anthony Mollé :

"Effectivement, là dessus, il y a deux manières soit on les oblige, soit on leur donne envie d'aller sur ces sujets là. On peut obliger, il y a des entreprises qui ont cette capacité à faire une journée de formation entière, sortir tous les collaborateurs de la production pour leur transmettre des messages et faire des formations. C'est un moyen, mais encore faut-il le faire et surtout que ça ne fasse pas cet effet soufflé. Peut-être que vous connaissez la fresque du climat par exemple, qui est un super outil de sensibilisation mais qui peut avoir cet effet soufflé.

Pour tenir en haleine les collaborateurs il faut choisir de leur donner envie de s'intéresser au sujet et c'est ce que permet de faire la gamification. Notre rôle, notre enjeu, c'est justement que les entreprises ne soient pas obligées "d'attacher les collaborateurs à la chaise" pour qu'ils suivent la formation, mais plutôt qu'ils aient envie d'aller consommer les contenus sur la RSE, parce que déjà ils sont attirés par le format et par les mécaniques.

Pour répondre à la question de la perception de la gamification, souvent, les gens perçoivent la gamification comme le fait de jouer à Mario Kart ou à Pac-Man pendant le temps de travail, mais ce n'est pas vraiment ça. La définition même de la gamification, c'est de transformer une activité qui peut être perçue comme contraignante en une activité qui va être perçue comme source de plaisir et stimulante. Pour qu'un collaborateur ait envie d'aller consommer la RSE, on se base sur 9 leviers de motivation qui font qu'on va tous, en tant qu'être humain, être motivé à passer à l'action sans qu'on nous y contraigne. Ce qui me stimule maintenant à agir, c'est la notion de montée en compétences métier et donc on va toujours présenter aux collaborateurs où il en était quand il a commencé vs où il en est maintenant pour qu'il constate son évolution ce qui va permettre de le stimuler, ça donne un vrai challenge."

Faire connaître les enjeux de la RSE et vos engagements


Noémie Bénatouil :

"La gamification est présente partout quand on regarde bien. Prenez l'exemple de LinkedIn, on gagne des étoiles sur une barre de progression quand on complète son profil, sur Waze quand on est sur la route, on va récupérer des bonbons, etc. Quand on l'utilise, ça sert à rien, mais on est content quand on en récupère. Donc finalement, la gamification, elle est partout aujourd'hui sans qu'on s'en aperçoive. Nous on utilise beaucoup ce mot qui peut parfois faire peur quand on connait pas, comme les contenus, la définition exacte du concept qui est juste aborder le sujet différemment pour attirer l'attention."


David Buttet :

"C'est faire un système de traction effectivement et beaucoup de réseaux sociaux sont sur cette mécanique la. Le côté communication, finalement, permet d'aborder des choses sérieuses, quand on parle de RSE, quand on parle l'environnement, il y a beaucoup de discours dramatiques qu'on entend souvent et ça peut faire peur et quand on a peur, on y va pas forcément. Donc la gamification peut être un levier pour aborder des choses sérieuses, des choses ou on connaît mal et elle permet d'apporter des pistes pour rendre attractif certains sujets."


Noémie Bénatouil :

Effectivement, si on envoie un emailing classique à tous les collaborateurs déjà le pourcentage d'ouverture moyen va être très faible et les gens vont l'ouvrir, refermé parce qu'ils passent à autre chose, le téléphone sonne, il y a un autre mail qui arrive etc. Donc il y aura aucune attention qui sera dédiée au contenu même de ce mail. Nous, on prend ce contenu là, on va le gamifier, le tourner de façon un peu plus ludique et surtout, on va l'incrémenter dans un univers qui va permettre que la personne soit concentrée sur l'écran. Soit concentrée sur le moment qu'elle est en train de vivre du coup, elle va lire ce contenu. Tout l'exercice, c'est que les collaborateurs aillent au bout du contenu qu'on a à leur faire parvenir ça et ça déjà, pour nous, c'est une réussite."


David Buttet :

"Est-ce qu'il y a un second ingrédient avec la gamification qui peut être très utile ?"


Anthony Mollé :

En effet, il y a autre chose qu'on utilise beaucoup. Les mécaniques de jeu ça nous permet d'attirer et de renforcer l'engagement et un autre élément qu'on utilise beaucoup, c'est le fait de leur raconter une histoire. C'est ce qu'on appelle le storytelling. C'est très utilisé dans le marketing. On va souvent essayer de raconter une histoire pour provoquer des émotions. C'est assez efficace lorsqu'on parle de formation, de sensibilisation, parce qu'on sait qu'à partir du moment où un être humain rattache une émotion à un message, c'est quasiment impossible pour lui d'en oublier le fond, d'oublier le contenu de ce message là. Donc le storytelling et le fait de parler, de créer ces émotions est un excellent moyen d'ancrer les messages dans la durée auprès des collaborateurs. Et on le voit tous les jours par les mémos techniques par exemple, on a tous des mémos techniques pour retenir un code. En fait, on se raconte une histoire qui va nous permettra de retenir ce code.

Donc ça, c'est assez, c'est assez puissant. Et c'est de cette manière qu'on va utiliser c'est-à-dire que lorsqu'on accompagne un client, on va lui créer une série Netflix de la RSE. On va construire des épisodes assez courts parce qu'on sait que de plus en plus l'attention de tous est de plus en plus limitée, donc c'est des épisodes assez courts, fragmentés souvent. Donc c'est un épisode de 5 fois 5 minutes. Puis, on va lancer un épisode tous les 2 mois par exemple, et à chaque fois avec des messages différents liés à la stratégie d'entreprise. Et puis on approfondit petit à petit, en lien avec l'approche du changement que j'ai présenté tout à l'heure.

On avoir une intention en fin d'épisode de créer un peu de frustration pour que le collaborateur se dise "Non ça ne peut pas se terminer comme ça !" Dans le but qu'ils attendent impatiemment le prochain épisode. Toutes les séries télé utilisent cette mécanique là. Ce qui fait que vous attendez que ça revienne la semaine prochaine ou le mois prochain, etc. Et donc ça c'est très fort pour justement tenir en haleine un public et faire en sorte qu'il revienne."

David Buttet :

"Donc vous êtes vigilant au taux de décrochage finalement ?"


Noémie Bénatouil :

"Pour nous, il y a deux enjeux : c'est faire venir les collaborateurs sur la plateforme pour en faire des joueurs et le revenir pour aller jusqu'au bout du parcours, c'est ce qu'on appelle la rétention. C'est pour ça qu'on va faire des pauses entre les deux parce qu'on a besoin "d'événementieliser" ces moments là. Si on vous dit, vous avez un an pour faire le jeu, personne va le faire, ils vont se dire, je le ferrais plus tard ou j'ai autre chose à faire tandis que, si on dit vous avez trois semaines, vous êtes en équipe, etc. ils vont se dire il ne faut pas que je rate ce moment. Donc tout l'intérêt c'est de vraiment faire des séquences parce que quand on relance, l'épisode est attendu et les collaborateurs reviennent naturellement sur la plateforme."


David Buttet :

"Donc en termes de fréquence, ça veut dire qu'il y aura des temps forts, des temps un peu plus doux. Et puis comme ça, vous alimentez en fait également sur le temps la segmentation de ce qui est travaillé. C'est comme ça que vous organisez les choses ?"


Noémie Bénatouil :

Oui, on va prévoir un programme, donc vraiment une série qui va être séquencée. Et puis après, en fonction des résultats, grâce au baromètre. Parfois, on se dit ok, là, les 3, on va les emmener à 5. Et puis on va s'apercevoir que finalement les résultats aux jeux et aux contenus ne sont pas si bon, donc c'est pas grave, ça veut dire qu'en fait il y a besoin de faire du renfort.

Donc on va potentiellement prévoir un épisode de renfort sur une population qui en avait besoin. On se dit par exemple, tous ceux qui ont eu un taux inférieur à 60 % de bonnes réponses, on relance un épisode de renfort parce que ça veut dire que le socle n'est pas encore acquis et donc on ne va pas pouvoir les emmener sur de l'adhésion si la sensibilisation n'est pas encore claire dans leur tête.

C'est pour ça qu'on va pouvoir adapter le programme. On a toujours une base, mais l'idée, c'est l'avantage du digital, c'est que du coup, c'est flexible et ça nous permet de pouvoir pousser d'autres éléments pour emmener à terme tout le monde vers le 8 ou voire le 10 sur 10."

David Buttet :

"Donc, il y a toute une data en backoffice qui permet de gérer tout au long du processus et de pouvoir harmoniser, déclencher de nouveaux leviers de manière à garder le cap de l'objectif ?"


Noémie Bénatouil :

"Oui on va tout le temps être attentif à la participation, au taux de complétion, au niveau de bonnes réponses... Le premier enjeu, c'est déjà encore une fois de les faire venir sur la plateforme. Donc on a toute une stratégie d'acquisition avec des mails. On va faire des affiches ou du digital. On va pousser sur les réseaux sociaux et on va essayer d'enclencher vraiment une stratégie 360° pour se caler sur les habitudes de consommation des collaborateurs dans l'entreprise pour pouvoir emmener les messages en fonction et incrémenter le programme.


Cas Client

Anthony Mollé :

"Prenons le cas d'une entreprise qui a environ 85 collaborateurs et qui dépend beaucoup des appels d'offre de leurs clients. La partie RSE va devenir de plus en plus importante, donc ils ont voulu être proactifs sur le sujet et se démarquer la concurrence en passant le label Lucie qui se base sur la norme ISO26000. L'un des éléments premiers de ce label c'est l'engagement des parties prenantes de l'entreprise et quelles actions ils mettent en place pour embarquer les collaborateurs. Ils nous ont donc sollicité pour qu'on puisse les accompagner dans cette démarche."


Noémie Bénatouil :

"La première étape, effectivement, ça a été ce fameux baromètre. Une fois qu'on a eu les résultats, il se trouve qu'en l'occurrence, la vision qu'avaient les responsables était assez alignée avec la réalité terrain.

Donc dans ce cas là, c'est chouette, mais quoi qu'il arrive, l'objectif c'est toujours de monter et de viser une augmentation à 7, 8, 9, voire 10 à la fin. Donc chez ce client on a sorti une note globale de 175 sur 200, ensuite ça va nous permettre de le comparer avec la note globale sur le secteur d'activité. Celle-ci est ici plus faible, avec 137 sur 200 et comparer également avec la note globale des entreprises de même taille, qui était également plus faible avec 153 sur 200. Typiquement eux c'était de bons élèves mais il est toujours possible de les faire monter en compétences donc c'est ce qu'on a fait pour aller encore plus loin. On est donc parti d'un 5 sur 10 et on est monté jusqu'à 8 sur 10.

Pour le format, ce sont des épisodes, le premier, par exemple, ça va être un escape game où on est vraiment sur la phase de sensibilisation. Comprendre la recette. La RSE, kesako ? On va avoir des défis et le but, c'est d'emmener une boule sur un parcours. Donc on a des choses très différentes, l'avantage de proposer un panel assez large c'est de pouvoir satisfaire le plus grand nombre en fonction des goûts et des niveaux de réceptivité sur les mécaniques de jeu qui répondent à un levier de motivation.

En décembre, par exemple, on a proposé un CityBuilder qui est l'un de nos jeux phares, le concept de faire grandir une ville et de pouvoir relever des challenges en équipe pour la faire grandir à la manière de SimsCity.

Pour créer ce type de jeu, on va avoir les contenus prêts à l'emploi réalisés par des ingénieurs pédagogiques, qu'on va ensuite pouvoir intégrer dans les contenants qui sont les univers de jeu.


Et le dernier point du parcours ce sont les joueurs et pour ça il faut une stratégie de com, comme disait à 360° qui soit adaptée au contexte, à l'entreprise, aux besoins, aux attentes des collaborateurs et à leurs habitudes de consommation. Donc là aussi le but c'est vraiment d'accompagner le client pour qu'il réussisse à fédérer ses collaborateurs pour créer une équipe de joueurs qui deviendront spécialistes du sujet."

Anthony Mollé :

"Les programmes sont amenés à évoluer en fonction des résultats sur les différentes thématiques abordées. Par exemple, une population peut être très forte sur la thématique de l'environnement mais peu sensibilisée sur le sujet du handicap donc c'est à nous de revoir le programme pour que toutes les populations, les services de l'entreprise puissent monter en compétences sur tous les sujets de la RSE."


David Buttet :

"Est-ce qu'il y a vraiment des sujets qui finalement qui ne sont pas très connus, de manière générale, des collaborateurs d'une entreprise ?"


Anthony Mollé :

"Je dirais le handicap. Et a contrario, il y a un sujet qui prend de plus en plus d'ampleur au sein des entreprises qui veulent sensibiliser, c'est le numérique responsable qui a un impact environnemental mondial moins visible. On va déployer chez l'un de nos clients prochainement un épisode sur le Numérique Responsable pour faire prendre conscience aux collaborateurs de leur impact, par exemple, envoyer un mail avec une grosse pièce jointe et 15 personnes en copie, c'est peut-être pas la meilleure pratique."

Noémie Bénatouil :

"À l'inverse, l'un des sujets où les gens croient savoir, c'est la biodiversité. Le premier réflexe quand on parle de RSE, c'est dire l'environnement, oui, mais pas que. Donc c'est vrai que c'est plus simple parfois de casser un peu les codes de la RSE. Oui, l'environnement, c'est l'un des piliers, mais il y en a d'autres, il y a plein d'autres sujets, il y a l'inclusion, le handicap, il y a la QVCT, etc. Et comme tout au long de l'année, rythmée par un calendrier qui met en lumière certaines parties de la RSE, ça permet justement aux entreprises d'agir à ces moments la. Par exemple, en juin, c'est la semaine de la QVCT et les trois quarts des programmes qu'on lance au mois de juin sont dédiés à ce sujet. Le handicap, c'est plutôt au mois de novembre. Il y a des périodes comme ça qui nous permettent en fait de mettre en exergue des sujets, des focus  plutôt que de juste parler de la RSE de manière générale."

Conclusion

Anthony Mollé :

"Civitime est accessible pour tous les publics, certains acteurs du secteur public comme les collectivités vont aussi profiter de notre solution pour montrer ce qu'elles mettent en place en matière d'actions de d'infrastructure en faveur de l'environnement et de la société. La différence entre les publics ciblés, c'est l'adaptation nécessaire de la communication pour les faire venir sur la plateforme. Et ce qui est très intéressant c'est de proposer aux clients de la data sur le niveau de sensibilisation et d'adhésion de leurs collaborateurs sur leurs différentes actions RSE."

Noémie Bénatouil :

"Il reste encore de nombreux collaborateurs à sensibiliser et pour nous de nombreux jeux à créer ce qui rend le champs des possible assez infini. Le sujet en lui-même évolue constamment donc c'est très riche."

Anthony Mollé :

"Il faut vraiment voir la RSE comme une réponse à ses enjeux, business, humains... Si la capacité de révolutionner son modèle économique ou d'avoir un impact négatif est encore trop éloignée, il faut compenser en ayant un impact positif sur d'autres volets."


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